L’art comme Processus collaboratif

Le parcours de Frédérick Gagné, artiste plasticien, est emblématique des échanges artistiques européens. Processus est le fruit d’une collaboration entre artistes polonais et français, qui donna naissance à une exposition en 2016. Du 24 mai au 3 mars, elle sera visible à la Ferronnerie. Frédérick Gagné nous explique en quoi ces projets sont riches par leur caractère collectif et transfrontalier.

 

Quelle est la genèse de vos rencontres, qui ont donné naissance à Processus?

J’ai fait des études à Québec, en arts plastiques, puis en psychologie, avant de partir pour la France, en 2001. Ce départ était motivé par la soif de découverte, il n’y avait pas de projet artistique à la base. Je suis aujourd’hui installé à Sacquenay, en Côte d’Or, avec mon association Les Ateliers ECO. J’ai commencé par louer mon atelier à sept artistes, pour ensuite, occasionnellement, travailler avec eux. Plus tard, j’ai rencontré un collectif dijonnais, Mulupam, avant de partir en Pologne, sans but précis, où j’ai fais la rencontre de mes collaborateurs actuels Bartlomiej Trozs, Grzegorz Gajos, Magdalena Hlawacz, et Michal Krawiec, pour Processus. Avec Bartlomiej Trozs, nous nous sommes associés à Muriel Carpentier, de Mulupam, puis à Charline S. Cabaret, issue des ateliers Vortex. A partir de là, les choses se sont enchaînées : Manon Gallois, une étudiante des Beaux-Arts de Dijon, nous a fait des propositions intéressantes.  Tout ça a fait effet boule de neige, les trois autres artistes polonais, Grzegorz Gajos, Magdalena Hlawacz, et Michal Krawiec nous ont rejoint. Nous sommes maintenant quatre français, quatre polonais, c’est paritaire et je trouve ça super.

En 2009, les deux régions, la Voïvodie d’Opolkie et la Bourgogne, ont souhaité développer leur coopération bilatérale, afin de favoriser les contacts directs entre les institutions et les acteurs des deux territoires.

En ce qui me concerne, l’aventure est née d’un voyage en Pologne, en 2015. Je me suis lié d’amitié avec des membres de l’institut d’art (l’Instytut Sztuki), affilié à l’université d’Opole. Nous avons fait une première exposition, en 2016. Bartlomiej Trozs, est venu présenter son travail, ici, au Conseil régional de Bourgogne et moi au Conseil régional de Voïvodie. La Ville de Dijon, le Conseil régional, nous a aidé depuis le début pour cette exposition grâce à une convention. A partir de là, nous avons voulu faire quelque chose de plus grand. Nous avons organisé une résidence de 10 jours en Pologne. Cet échange a favorisé des découvertes de techniques, et d’autres horizons artistique. L’université d’Opole nous a donné accès à un espace, à du matériel et à du temps. Ça a été très formateur.

Parlez-nous de votre thème de création ?

Nous sommes nombreux. Pour faciliter le travail, nous avons utilisé la technique du cadavre exquis des surréalistes. Nous sommes partis du thème de la porte pour arriver au thème de la chambre à coucher (“sypialnia” en polonais). L’équipe polonaise a ensuite apporté sa propre interprétation de ce thème.

Qu’apporte la collaboration et la multiculturalité dans votre démarche artistique ?

En tant qu’artiste cela nous fait découvrir une autre méthodologie de travail, de création. Cela permet d’entrevoir une autre vision d’un même thème. C’est aussi très stimulant de travailler avec un artiste ayant une certaine réputation et dont on aime le travail. Cela pousse à sortir de sa zone de confort, à faire toujours mieux tout en s’adaptant à l’autre. C’est très enrichissant.

Vous avez créé Les Ateliers ECO il y a quelques années, que proposez-vous avec cette association ?

En 2012, j’ai restauré un ancien abattoir pour en faire mon lieu de travail. Nous proposons principalement des ateliers, cours de pratiques et stages pour tous les âges, et également des expositions et résidences d’artistes.

L’une de vos missions principale est le “développement de l’art en milieu rural. Concrètement, comment remplissez-vous cette mission à l’échelle de Sacquenay ?

Mon objectif principal, est de faire en sorte que les personnes qui ne vont pas spontanément vers la culture et l’art, se sentent libres de venir à notre rencontre. A chaque exposition, la population locale est donc invitée.

La communication se fait surtout grâce au bouche à oreille dans ce petit village et aux alentours. Mon but c’est de créer l’échange, j’accueille régulièrement des artistes étrangers et je fais une petite fête pour l’occasion. Tout ça pour que chacun apprenne de l’autre.

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