Quand la République tchèque s’invite au lycée Carnot de Dijon

Ils ont 16, 17, 18 ou encore 19 ans, ils sont tchèques et ont choisi de passer leur scolarité seconde-première-terminale au lycée Carnot de Dijon. Chaque année, ils sont une vingtaine à découvrir la France et à se frotter au système éducatif français. Rencontre avec Adam, Vladimir, Martin, Soňa et Jan.

C’était bien longtemps avant la création du programme Erasmus. Et peu de temps après la Première guerre mondiale. L’histoire de la section tchèque du lycée débute en 1920 : Edvard Beneš, docteur en droit de l’Université de Dijon et futur président de la République tchécoslovaque, initie un accord culturel qui permettra à une trentaine d’élèves, recrutés sur concours, de venir passer leur scolarité, de la seconde jusqu’à l’obtention du baccalauréat, à Dijon, au lycée Carnot. Après quelques interruptions (de 1938 à 1946, de 1947 à 1966, de 1970 à 1990), le programme renaît après la chute du régime communiste, qui avait décidé de le suspendre pour des raisons idéologiques et politiques.

Aujourd’hui, ils sont 18 à être venu de toute la Tchéquie, avec une grande soif de découverte. « Je voulais surtout rencontrer de nouveaux gens car j’étais très timide avant », sourit Vladimir Smejkal, 17 ans, en 1ère ES, « et surtout tester le système scolaire français, plus basé sur l’argumentation et la réflexion, par rapport au système tchèque qui privilégie le ‘par cœur’. » Après une bonne année passée à Carnot, « ça me plaît : je me sens intégré et je sais comment ça fonctionne maintenant. J’ai aussi pu découvrir des comportements assez similaires, les retards en classe, par exemple (rires). »

 

De gauche à droite : Soňa, Jan, Adam, Martin et Vladimir

 

Pour Martin Lauda, 16 ans et en seconde, c’est notamment Napoléon qui l’a fait venir en France : « Je suis très intéressé par l’histoire française et surtout par Napoléon. Et puis, je parlais avec des amis français et il me disait que les filles françaises sont vraiment jolies. » Après un éclat de rire, il reprend son sérieux : « Comme disait Vladimir, je voulais aussi tester un autre système scolaire car celui de République tchèque ne me plaisait pas. » Soňa Kalmusova, 19 ans et en terminale littéraire, voulait « découvrir la langue, dans un lycée, quelque chose de vrai. »

Des regrets ? Certainement pas !

Si aucun ne regrette son choix d’être venu en France, il faut par contre s’accommoder avec certaines choses : « Je voulais découvrir quelque chose de nouveau et je n’ai aucun regrets. Mais il y a des choses moins drôles comme passer trois ans dans le même lieu, on a envie d’autres choses que l’internat… », explique Adam Jirsa, 18 ans, qui va passer le baccalauréat ES d’ici quelques semaines.

Martin, lui, retiendra les nombreuses règles administratives contraignantes dues à son statut d’interne ainsi que la façon dont on apprend les langues, méthode qu’il juge inefficace : « Quand je suis arrivé en France, j’avais un meilleur niveau d’anglais que maintenant », dit-il avec un demi sourire.

Si certains ont trouvé dans le système éducatif français quelque chose qui leur a plu, Soňa n’a pas été emballée : « Il y a trop de méthodologie, trop de règles, j’ai pas l’impression de pouvoir créer : ici, c’est plutôt trop carré, trop cadré pour moi. »

En tout cas, ils sont unanimes pour le dire, l’expérience leur a beaucoup apporté : une meilleure connaissance de la langue (ils sont tous parfaitement bilingues), de nouvelles rencontres, la découverte d’un pays et de ses habitudes culturelles, et un nouvel état d’esprit, comme l’explique Jan Kasnik, 19 ans et en terminale ES : « Ça m’a ouvert les yeux, ça m’a permis de m’intéresser aux autres, d’affirmer ses valeurs et d’être tolérants. Pour ne pas laisser faire les extrémistes. »

 

Les relations entre la République Tchèque et le lycée Carnot se sont encore approfondies récemment. Piloté par deux professeurs d’histoire-géographie, un échange avec le lycée Kepler de Prague a été mis sur pieds en 2016 et reconduit cette année. Du 6 au 13 mai 2017, 18 élèves de secondes vont partir à Prague, découvrir la capitale tchèque et rencontrer leurs correspondants. Du 31 mai au 7 juin, c’est au tour des élèves tchèques du lycée Kepler de venir à Dijon, perfectionner la langue française qu’ils apprennent et découvrir la Bourgogne.

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Chaque année, la section tchèque organise son spectacle, écrit et joué par les élèves. L’édition 2017 du spectacle, « Une histoire spectaculaire », aura lieu le jeudi 11 mai à 20h à l’ancienne chapelle du lycée Carnot.

1 Commentaire

  1. […] Reportage fait avec quelques élèves tchèques du lycée Carnot de Dijon. […]

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